France, Mai 2009
Nous sommes vendredi après-midi. La sonnerie vient de retentir. C'est bien celle qui annonce la fin des cours, celle qui annonce « Bon week-end ! », celle qui émeut toutes les personnes présentes : que ce soit les professeurs ou les élèves, tout le monde éprouve quelque chose quand cette sonnerie arrive enfin, au bout de cinq jours de travail. Je devrais être content, éprouver une joie infinie, m'enfuir en courant de cette salle de cours... Mais aujourd'hui, c'est différent. J'ai l'impression que tout a changé. John et moi, moi et John, nous ; voilà à quoi je pense. Depuis dimanche dernier, il a changé. Pas en mal, ni en bien ; il est juste bizarre. Mais j'aime bien aussi ce nouveau John. Depuis cinq jours, il est plus populaire. Depuis cinq jours, il est plus ouvert. Depuis cinq jours, il est plus joyeux que d'habitude... Et je sais pourquoi : il ne veut pas que les autres sachent qu'il est triste. Je commence à le connaître, il n'aime pas qu'on le plaigne, qu'on ait pitié de lui. Si les autres savaient que les parents de John sont en procédure de divorce, ils le traiteraient comme un moins que rien, comme une personne à qui l'on n'a plus rien à envier, comme une personne qui ne présente plus aucun intérêt.
Je secoue la tête. Il faut que j'arrête de penser à lui. Pourtant lui doit songer à moi presque aussi souvent que je rêve de lui. Lorsque je le vois, entouré de personnes, il fait le fier. John aime être le nombril du monde. Pourtant, dès qu'il m'aperçoit, il quitte ces gens qui l'admirent pour venir me rejoindre. Naturellement, il me prend la main, il me saute dans les bras, il m'enlace tendrement ou alors, il me fait simplement un baiser sur la joue. Cela ne veut pas dire pour autant que l'on sort ensemble... D'ailleurs, je n'ai jamais compris le sens réel de cette expression ; comment peut-on définir la relation qui existe entre deux personnes par de simples mots ?
En sortant de la salle de cours, je remarque que je suis bon dernier. Le professeur attendait patiemment que je daigne rejoindre les autres dehors. Ce que je fis à contrec½ur... Oui, ce week-end n'allait pas être aussi parfait que je l'avais imaginé toute la semaine. Tout simplement parce que John ne figurait pas dans la liste de personnes que j'allais rencontrer. Il était parti une heure plus tôt que d'habitude de l'école. Officiellement, c'est parce qu'il a un rendez-vous de routine chez le dentiste. Officieusement, c'est parce qu'il doit fignoler son sac pour passer le reste de la semaine chez son père. Il ne serait de retour que dimanche soir, c'est à dire, dans une éternité.
C'est uniquement au moment de franchir le portail que je remarque que quelque chose cloche. Le regard que les autres portent sur moi. Normalement, ils m'admirent. Normalement, les filles essaient misérablement d'attirer mon attention en me faisant un signe de la main ou en me souriant vainement. Aujourd'hui, je sens des ondes négatives s'abattre sur moi. C'est la première fois que cela m'arrive. Bien sûr, je sens encore le regard bienveillant, admiratif d'une majorité de personnes. Mais il y a tout de même des individus qui me regardent avec un air de dégoût. Un groupe d'individu de cinq personnes pour être plus précis. Je décide de jouer la carte de la fuite, et, ne parlant à personne, je presse le pas pour rentrer chez moi. Amy avait fini les cours depuis plus d'une heure et m'avait prévenu qu'elle m'attendrait dans ma maison. En temps normal, Zoey, Amy, Liza et Anne sont inséparables. Mais Amy a longuement insisté ; elle souhaitait attendre à la maison mon retour. D'après ce que j'avais compris, elle voulait de l'aide pour faire de belles photos. En m'attendant, elle m'a promis de ne pas faire de bêtises et de s'occuper convenablement, sans changer les habitudes de la maison. Mais penser à cela ne changeait en rien mon problème. J'avais en effet un problème. Je l'ai toujours. Les cinq personnes dont je viens de vous parler ; ces cinq personnes qui semblaient me regarder avec dégoût. Je me suis trompé, ce n'était pas du dégoût. C'est de la rage. Parmi ces personnes, une amie de John. Celle qui est toujours avec lui le matin. A présent, il n'est plus avec elle le matin, mais avec moi. Et elle semble me le reprocher dans son regard. A ses côtés, quatre garçons, robustes, avec une carrure de vache normande. Petite précision : les cinq personnes dont je vous parle se trouvent devant moi. Je ne sais pas comment, mais elles m'ont rattrapées, et me barrent la route.
Le premier coup est arrivé avant la première parole. Peut-être n'y a-t-il pas eu de paroles en réalité. Ce que je sais, c'est que les quatre brutes épaisses se sont rapprochées de moi très rapidement tandis que la fille restait en arrière, en spectatrice. De temps à autre, elle frappait dans ses mains, signe qu'elle applaudissait ses amis ; soit qu'elle les encourageait, soit qu'elle les félicitait. A moins que ce ne soit les deux à la fois. Un poing s'abat sur ma mâchoire ; je retiens de justesse un hoquet de surprise. C'est un coup encore plus puissant que le premier qui me fait tomber par terre ; celui-ci s'adresse à mon nez. Avant de m'écraser au sol, je réussis à donner un coup dans le bas-ventre d'un des gars. C'est avec satisfaction que je vois cette brute épaisse se plier en deux de douleur. Pendant l'espace d'une seconde, j'ai pu oublier ma propre douleur. Mais cette satisfaction personnelle a été la plus courte de mon existence. Très vite, les autres adversaires rentrèrent dans une colère noire et me ruèrent de coups. Je ne peux rien faire pour échapper à ça. Des coups de pieds dans la tête, dans les jambes, dans les bras... Tout y est passé. Je me suis replié en position de défense. Pas très efficace, mais elle m'a tout de même épargné certains coups qui auraient pu m'être encore plus douloureux.
La fille a marmonné quelque chose à ses copains, et ils se sont arrêtés. L'un d'eux s'est agenouillé à mes côtés et a aboyé :
« Eh, pédale ! T'approches plus John ! Sinon, t'auras encore affaire à nous ! La prochaine fois, on sera moins tendre. »
J'essaie d'ouvrir la bouche. A ce moment, une flopée de sang s'en échappe, m'empêchant de parler. Les types, voyant mon manège pour essayer de parler, se marrent comme des baleines. Ils commencent à s'éloigner. La fille reste une minute de plus que ses amis à côté de moi. L'espace d'un instant, j'ai pensé qu'elle avait des remords. Mais en réalité, je pense qu'elle contemple juste son chef-d'½uvre. Quoi que... Elle arbore tout de même un air de dégoût à présent. Je dois faire peur. Sans préavis, elle se décide à ouvrir la bouche pour me parler :
« Je m'appelle Élisabeth. En temps normal, on se présente au début d'une rencontre. Si je me présente, c'est pour mettre fin à nos rencontres. Tu ne me trouveras que près de John, et je pense que tu as compris la leçon : tu ne seras plus à ses côtés. Adieu. »
Sur ce, elle court rejoindre ses congénères qui l'attendent deux mètres plus loin. J'essaie de me relever. Je tombe. Et merde, je ne tiens pas sur mes jambes. Quitte à se faire tabasser, autant se faire tabasser jusqu'au bout. Les cinq personnes que je déteste, à présent, le plus au monde commencent à réellement s'éloigner de moi. Je crache par terre - du sang. Je prends une grande respiration, recrache, et hurle de toute la voix qu'il me reste :
« HOMOPHOBES ! »
Ils se retournent, me jugent du regard et rigolent niaisement avant de recommencer à s'éloigner. Ils se fichent de ce que je peux devenir. Je suis dans une rue déserte, quelque part entre l'école et chez moi ; une rue que jamais personne n'emprunte.
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Troisième Chapitre =D
Je suis désolée de cette très longue absence, mais je n'avais plus aucune envie d'écrire. Peut-être mon style d'écriture vous plait moins à présent... Je ne suis plus dans le même état d'esprit qu'il y a un an - du moins je ne pense pas. Je pense qu'il ne faut pas s'attendre à ce que cette fiction aille vite. J'avais une idée précise, il y a un an, de ce que cette fiction allait devenir. Mais à la date d'aujourd'hui, je ne pense pas que j'irais dans cette idée. Je pense que l'histoire va évoluer au fur et à mesure que je l'écrirais.
Merci pour vos commentaires et messages très nombreux et très récents !
(ça m'a énormément étonnée, et énormément touchée de voir qu'en cette année 2009, des personnes allaient encore sur mon blog ! D'ailleurs, j'ai toujours des visites régulières... Merci !)
Alors, d'après vous, que se passera-t-il dans le prochain chapitre ?
(Ce que vous pensez est réellement très important ! )
La suite dans Soixante-Dix commentaires .... =]
-Non, ce n'est pas une blague. J'ai juste besoin de temps pour écrire quelque chose de lisible.-
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